Les EHPAD, acteurs de la silver economy16/02/2015

La silver économie est l’économie liée aux technologies et aux services destinés aux personnes âgées. Elle regroupe toutes les entreprises agissant pour et/ou avec les seniors. Leurs activités étant appelées à se développer fortement dans les prochaines années du fait du vieillissement de la population, le Gouvernement tente, depuis l’an dernier, d’organiser et de structurer cette filière, notamment au profit des Ehpad.

« L’enjeu est crucial : il s’agit de permettre et d’encourager les innovations qui vont accompagner l’avancée en âge et faire reculer la perte d’autonomie », avaient insisté, dès avril 2013, Arnaud Montebourg et Michèle Delaunay, respectivement anciens ministre du Redressement productif et ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie. D’où la signature, neuf mois plus tard, d’un contrat de filière par lequel les pouvoirs publics et les acteurs privés s’engagent à la mise en œuvre de 49 actions concrètes visant à faire de la silver économie une véritable filière industrielle. Parmi elles, « créer un réseau national des clusters de la silver économie », organiser « un salon professionnel de la silver économie d’envergure internationale » ou encore « encourager les Investissements directs étrangers (IDE) en France, en particulier dans les clusters, grappes ou pôles de compétitivité centrés sur la silver économie ».

Multiplication des offres

De fait, de plus en plus d’acteurs – entreprises et financeurs – s’intéressent à ce secteur, multipliant ainsi les offres destinées aux personnes âgées, aux aidants et aux établissements du type maison de retraite médicalisée. « Les Ehpad voient arriver sur le marché une multitude de solutions pour accompagner au mieux leurs résidents, rationnaliser leur fonctionnement etc., confirme Frédéric Serrière, spécialiste en stratégie et économie du marché des seniors et du vieillissement démographique. Il existe aujourd’hui, par exemple, divers systèmes de box à brancher derrière un écran de télévision, un ordinateur ou une tablette numérique et à connecter au réseau Internet de l’établissement. Ils permettent aux personnes âgées, depuis leur chambre, d’avoir accès à un certain nombre de services tels que la météo et l’actualité, d’échanger des photos et des messages avec leur famille pour partager leurs moments de vie quotidiens, d’appeler leurs proches en vidéo etc. » Et, pourquoi pas, à terme, de connaître certaines informations liées à l’établissement (programme des activités, menus des repas…). Par ailleurs, les appareils de domotique ou encore les systèmes de prévention/détection des chutes voire des fugues de résidents foisonnent.
« Plusieurs solutions visant à améliorer la gestion des admissions des résidents ont également été développées et perfectionnées afin de standardiser les demandes d’admission, d’aider les personnes âgées et leur famille à choisir la structure d’accueil la plus adaptée et de mettre à jour automatiquement les listes d’attente des Ehpad, ajoute Frédéric Serrière. Certains optimisent la gestion des ressources humaines et des stocks de matériels et fournitures ; d’autres facilitent la préparation des différents types de repas en établissement en permettant de contrôler l’achat des matières premières, de créer des menus et d’assurer le suivi nutritionnel des résidents. »

Construction de projets

www.silvereco.fr, le site web professionnel d’information sur la silver économie, recense certains de ces produits et services dédiés au bien vieillir. Il reste toutefois difficile de faire le tri parmi eux. Il n’existe en effet aucun référentiel qualitatif sur lequel les directeurs d’Ehpad peuvent se baser pour faire leurs choix. C’est d’ailleurs là l’un des objectifs du Gouvernement, inclus dans le fameux contrat de filière : « mettre en place des labels qualité pour les produits et les services de la silver économie » et « construire des normes AFNOR et ISO pour être très présent dans le champ de la normalisation européenne et internationale ».

En attendant, les Ehpad peuvent s’organiser : faire fonctionner le bouche à oreille pour déterminer les solutions fiables et probantes, bien sûr, mais aussi contacter les entreprises, petites comme grandes, pour leur proposer de tester (gratuitement) leurs gérontechnologies pendant quelques mois. « Les entreprises ont besoin des Ehpad pour se développer et pour perfectionner leurs produits, rappelle Frédéric Serrière. La plupart donneront leur accord selon des modalités qui resteront à déterminer. » L’occasion pour les établissements de s’équiper, de s’adapter progressivement aux nouveautés du marché, voire de participer à l’élaboration de produits quasi sur mesure. « De par leur expérience, les Ehpad peuvent recenser leurs besoins et les communiquer aux entreprises pour leur donner des idées nouvelles voire coconstruire des projets avec elles », insiste Benjamin Zimmer, Directeur de la Silver Valley, un réseau d’innovation réunissant 170 acteurs de la filière silver économie et qui a fêté, le 25 septembre dernier, sa première année d’existence.

Financement de services

Par ailleurs, de plus en plus de financements publics et privés sont proposés aux acteurs de la silver économie par les Conseils généraux, les pôles de compétitivité, les fonds d’investissement dans l’économie sociale et solidaire, les fonds européens (Fonds européen de développement régional, Fonds social européen) etc. Le fonds d’investissement SISA, dédié à la filière silver économie, vise à financer des services innovants pour les acteurs de la santé et de l’autonomie, par exemple. « Un projet d’Ehpad à domicile permettant d’assurer une prise en charge complète des personnes âgées installées dans des appartements équipés de technologies et services personnalisés ou d’Ehpad temporaire, le temps qu’une place se libère au sein de l’établissement, bref, tout projet pilote innovant que les financeurs jugent intéressants peut potentiellement être totalement ou partiellement financé », précise Frédéric Serrière. Car c’est aussi cela la silver économie : la rencontre de tous les acteurs du secteur (industriels, opérateurs téléphoniques, professionnels des Ehpad, commerçants, pouvoirs publics etc.) afin de concevoir de nouveaux modes de prise en charge des personnes âgées et de nouveaux modes de fonctionnement des maisons de retraite afin de faire face au mieux au vieillissement de la population.

Nathalie Ratel

« Les Ehpad vont devoir faire évoluer leur stratégie »

Benjamin Zimmer, Directeur de la Silver Valley.

« Face à une population de plus en plus vieillissante, les Ehpad vont devoir faire évoluer leur stratégie, c’est-à-dire continuer à assurer des services de qualité, se structurer pour intégrer les innovations en leur sein… mais aussi travailler avec des acteurs publics et privés pour s’adapter aux besoins de leurs futurs résidents et proposer des services en amont, notamment tournés vers le domicile, et en aval de l’institutionnalisation des personnes âgées. La silver économie peut les y aider.