L’EHPAD de demain22/03/2015

Mieux coordonné, plus diversifié, davantage équipé, mutualisé… : à quoi ressemblera l’Ehpad de demain ?

Cette question est au cœur des préoccupations des acteurs du secteur et du Gouvernement. Si les intérêts et les avis divergent, un élément fait consensus : l’Ehpad de demain ne sera plus un Ehpad. Ou, du moins, aura-t-il plusieurs visages.

« L’ Ehpad de demain doit être moins monolithique et impérialiste qu’aujourd’hui et l’on doit se soucier de continuer à diversifier les modes d’accueil pour les personnes âgées, y compris celles en perte d’autonomie » : par cette petite phrase, Alain Villez, conseiller technique chargé du secteur personnes âgées à l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (Uniopss), met les pieds dans le plat. Car la question de savoir à quoi ressemblera l’Ehpad de demain est sur toutes les lèvres. Celles des usagers et des directeurs mais aussi et surtout de Michèle Delaunay, la ministre déléguée en charge des Personnes âgées et de l’Autonomie.
Bien plus qu’une interrogation philosophique ou sémantique, il s’agit bien là d’un véritable enjeu de société et de santé au regard du vieillissement croissant de la population et de la prise en charge des personnes âgées. Laquelle, si l’on en croit le concert de voix qui plaident pour la mise en place de plates-formes, quelles qu’elles soient, s’oriente, malgré les divergences d’opinion sur les modalités, vers une prise en charge globale et plurielle.

Décloisonnement et diversité

D’aucuns, comme le Synerpa, envisagent avant tout de rompre avec la logique « Ehpado-centrée. Il faut décloisonner et aller vers une logique de parcours sur mesure pour les personnes âgées afin de leur proposer un panel de solutions en fonction de leurs moyens, de leurs envies, de leur degré d’autonomie de leur entourage, estime ainsi la Déléguée générale du Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées, Florence Arnaiz-Maumé. Pour cela, il faut ouvrir l’Ehpad vers la résidence services, le domicile, les soins de suite, la plate-forme gérontologique, l’Europe etc. » Même son de cloche à la Croix-Rouge qui entrevoit plutôt dans les plates-formes un moyen de renforcer le maillage,territorial de ses établissements via, notamment, la mutualisation, entre différents acteurs, « qu’ils soient publics, privés, ou associatifs », précise Stéphane Mantion.

Un accueil pluriel

Outre le rapprochement avec la médecine de ville et le domicile, qu’elle encourage également de ses vœux, la FHF parie surtout sur le développement de structures intermédiaires. « Structures de répit, accueils temporaires… : il faut développer une multiplicité de services qui répondent aux besoins pluriels d’une génération qui n’a pas les mêmes besoins que la génération de nos aînés, affirme Élodie Hemery, en charge du secteur médico-social à la FHF. L’objectif ? Personnaliser davantage la prise en charge dans un parcours de soins fluide : « On attend surtout des établissements qu’ils s’adaptent à la réalité des besoins et à une société qui évolue, qui intègre de l’intergénérationnel, des personnes handicapées vieillissantes, de plus en plus de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer… tout en étant un lieu de vie. »

Mais pour que les établissements s’adaptent au vieillissement de la population et à leurs résidents, encore faut-il qu’ils aient les moyens d’accueillir un public pluriel, critère cher à Alain Villez. « L’Ehpad ne doit pas être strictement réservé aux personnes les plus dépendantes en Gir 1 et 2. Il est important de conserver une mixité populationnelle en termes de projet de vie et de possibilités locomotrices, ce qui va déterminer très fortement le projet d’animation des établissements. C’est là un élément très important. L’Ehpad de demain doit éviter de tomber dans le piège de l’hyper-médicalisation vers lequel nous tendons. » Outre l’âge, c’est aussi la question de l’accueil de publics dits spécifiques qui est au cœur des problématiques de l’Ehpad de demain, défend pour sa part Stéphane Mantion : « Quid de la prise en charge des migrants vieillissants, des personnes handicapées vieillissantes ? Nous sommes prêts à avancer sur ces sujets, à réfléchir et à expérimenter car telle est par ailleurs notre mission… mais en évitant d’être le dindon de la farce. » Pour autant, si les acteurs interrogés font front commun à propos du besoin accru et surtout ciblé de médicalisation des Ehpad, tous repoussent l’idée d’un Ehpad de plus en plus sanitarisé, d’un mini-hôpital. « Il faut conserver un lieu de vie. Les personnes âgées veulent être soignées pour vivre, pas vivre pour être soignées », explique Didier Sapy, Directeur de la Fnaqpa. Et Stéphane Mantion d’évoquer quant à lui une médicalisation « à géométrie variable ».
Derrière la plate-forme, un modèle modulable

Finalement, par-delà cette idée d’adaptation aux besoins et aux attentes de la personne âgée, de plates-formes multiservices qui s’inscriraient dans un parcours global, transparaît l’idée, que vante Didier Sapy, d’un modèle modulable en adéquation avec son territoire et la population qu’il accueille : « Il faut aller contre la standardisation des Ehpad. Chaque gestionnaire doit se positionner sur son territoire dans une offre de services à travers un projet d’établissement. Le vrai client est la personne qui vit en établissement, non pas l’ARS, le Conseil général ou la famille. Les exigences des pouvoirs publics doivent aussi tenir compte de cette posture et s’y adapter. »

En attendant l’Ehpad de demain… rappel des chantiers en cours !

> Réforme de l’outil Pathos.
> Travaux du Comité national pour la bientraitance et les droits (CNBD).
> Réforme des appels à projets.
> Rapport de mission sur la prise en charge médicamenteuse des résidents en Ehpad, sous la direction de Philippe Verger.
> Rapport de l’Igas sur le tarif global.
> Rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales (Igas) sur la prescription.
> Réforme des Services de soins infirmiers à domicile (Ssiad).
> Expérimentation de Parcours de santé des personnes âgées en risque de perte d’autonomie (Paerpa).
> Rapport du groupe de travail sur les logements-foyers de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS).
> Expérimentations d’équipes citoyennes allant à la rencontre de personnes âgées isolées, prévues fin 2013 dans les Préconisations pour une Mobilisation nationale contre l’isolement social des âgés (Monalisa).
> Mission parlementaire sur l’impact du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) dans le secteur sanitaire et médico-social.
> Emplois d’avenir et contrats de génération.
> Projet de loi relatif à la consommation : en cours d’examen au Parlement, il prévoit une amende administrative pour contraindre les établissements à respecter les droits des usagers.