Gestion des déchets en EHPAD4/04/2015

La démarche de gestion maîtrisée des déchets en Ehpad est aujourd’hui devenue un impératif. À cet égard, l’expérience du Groupe E4, composé de trois maisons de retraite dans la région de Montpellier à Juvignac, Montferrier-sur-Lez et Pérols et d’un service d’aide à domicile, livre de précieux enseignements.

Pourquoi s’engager dans une démarche de gestion de ses déchets ? « Parce que nous surconsommions et que nous nous sommes dit que cela ne pouvait pas continuer comme ça », explique Jean-Claude Tomas, cogérant du Groupe E4. Aussi, le groupe s’est-il engagé dans le développement durable en 2012. L’originalité de cette initiative est d’avoir réellement fédéré résidents, salariés et fournisseurs. « Cela a été une démarche collective et tout le monde y a adhéré immédiatement », confirme Michèle Tomas, cogérante. « Le respect des personnes et de l’environnement est au cœur de notre activité », renchérit Charlotte Cedo, Directrice générale du Groupe E4. La direction a privilégié un engagement progressif et ludique de manière à ce que les 182 résidents, les familles, la centaine de salariés et les prestataires partagent et soutiennent ce défi citoyen. Des journées d’éducation au développement durable et des animations à la sensibilisation au tri des déchets sont d’ailleurs organisées régulièrement au sein des trois résidences.

En 2012, le Groupe E4 a réalisé un audit déchets en collaboration avec l’agence d’accompagnement en développement durable en santé Primum non nocere. Cet audit, effectué au sein de chaque résidence, a été accompagné de nombreuses préconisations visant à réduire le volume des déchets jetés en DAOM (Déchets assimilés aux ordures ménagères) et en tri sélectif. Après deux ans de gestion des déchets visant à en réduire le volume et à la revaloriser, de nombreuses filières (piles, papier, carton, fermentescibles, radiographies, DEEE, linge des résidents, contenants chimiques, stylos, bouchons) ont pu être développées, portant ainsi à vingt-neuf les types de déchets triés dans chacun des établissements du Groupe E4. Toutes ces filières sont gratuites et à la disposition des résidents, des familles, des salariés et même des riverains.

Leur mise en place a permis de passer d’une collecte annuelle de 340 000 litres de DAOM à 260 000 litres environ, et ce sur chacun des établissements. L’assujettissement à la redevance spéciale (>3 000 litres par semaine) a également entraîné une réflexion sur l’optimisation du nombre et du volume des containers de DAOM et de tri sélectif mis à disposition par la communauté d’agglomération. Le coût direct de la redevance spéciale a quant à lui diminué de 66 % depuis 2012.

« Il est indispensable que tout le monde soit impliqué »

Dès son engagement dans le développement durable, le Groupe E4 a souhaité que l’ensemble de ses prestataires et de ses sous-traitants participent également à cette démarche, notamment concernant la gestion des déchets. Une charte de partenariat a ainsi été signée par l’ensemble de ces parties prenantes, les engageant sur dix thèmes. L’un d’eux est relatif à la gestion des déchets. Il engage le prestataire ou le sous-traitant à récupérer l’ensemble des déchets qu’il produit/livre au sein des résidences. Par exemple, la société qui fournit les produits de nettoyage s’engage à récupérer l’ensemble des contenants vides. Ces derniers sont ensuite traités dans le cadre d’une filière spécifique.

Par ailleurs, chaque année, lors de la semaine du développement durable, les résidences organisent une journée citoyenne lors de laquelle les enfants des centres de loisirs des communes voisines sont invités pour passer la journée avec les résidents. Divers sujets sur le développement durable sont alors abordés, notamment le tri des déchets, et ce, de façon ludique et adaptée au public.

Lors de la première journée citoyenne, organisée en 2012, le Groupe E4 avait souhaité tout d’abord sensibiliser les salariés, qui sont les acteurs majeurs de la démarche, au tri des déchets. Deux agents de l’agglomération de Montpellier, en charge de la gestion des déchets, sont donc venus enseigner les bons gestes, évoquer la réduction des déchets et informer les modalités de leur collecte. « Pour que la démarche soit comprise et appliquée par chacun, il est indispensable que tout le monde soit impliqué », insiste Charlotte Cedo.

Depuis 2012, un comité de développement durable est programmé avant chaque réunion du Conseil de la vie sociale. La gestion des déchets est alors au cœur des discussions. Familles, résidents et salariés proposent des solutions pour créer de nouvelles filières ou bien optimiser le tri des déchets. « Cette instance rencontre un véritable succès puisque chacun se sent concerné et peut émettre des propositions d’amélioration », souligne Charlotte Cedo.

Mettre en conformité l’organisation des déchets avec la réglementation

Dès son entrée dans la résidence, dans le cadre d’une procédure d’intégration et d’accueil mise en place par le groupe, le salarié est sensibilisé à la démarche de développement durable. Pour ce qui concerne les déchets, le tuteur en charge de son intégration l’informe sur les points de collecte de la résidence. Par ailleurs, une affiche située à l’entrée de chaque établissement répertorie l’ensemble des déchets triés et son lieu de stockage. Les établissements ont en outre adapté leur matériel pour répondre à l’exigence du tri des déchets. A titre d’exemple, les chariots des agents de service ont été équipés pour disposer d’une double poubelle : une pour les ordures ménagères et une pour le tri sélectif. Ce tri à la source, lors du nettoyage des lieux collectifs et des chambres des résidents, s’avère efficace puisqu’il permet au salarié de ne pas avoir à effectuer un tri à la fin. De même, chaque bureau administratif possède une bannette dans laquelle il dépose le papier blanc non utilisé. Et, afin de s’assurer que le tri est effectivement respecté dans les résidences, des audits continuent d’être organisés tous les ans, par l’agence Primum non nocere avec, à la clef, la remise d’un rapport. « Depuis le début de la démarche, les audits réalisés nous confirment que dans l’ensemble, les salariés s’impliquent fortement dans le tri des déchets », confirme Charlotte Cedo.

La multitude de déchets générés par un Ehpad nécessite une organisation formalisée et des filières d’élimination répondant aux exigences législatives et réglementaires. La mise en conformité de l’organisation des déchets avec la réglementation a donc été l’un des premiers objectifs à atteindre. Depuis 2012, chaque établissement dispose ainsi d’un registre des déchets, lequel répertorie l’ensemble des déchets dangereux et non dangereux de la résidence.

Dans ce registre, chaque collecteur de déchets fournit un bordereau de suivi lors de chaque récupération de déchets. Sur ce bordereau sont indiqués la date de collecte, la quantité de déchets récupérés, le nom du transporteur du déchet, le nom du prestataire qui traite le déchet ainsi que le traitement que va suivre le déchet.

Comment mener à bien le tri des déchets en établissement

– Réaliser un audit déchets pour connaître la production réelle de déchets et identifier clairement lesquels sont produits au sein de l’établissement.
– Mettre en place le plus rapidement possible les filières les plus simples pour les déchets les plus importants (papier et cartons notamment).
– Sensibiliser les salariés, les familles et les résidents à cette démarche sachant que les agents des collectivités territoriales sont formés et peuvent être sollicités pour diffuser l’information.
– Engager les fournisseurs eux-mêmes à réduire les déchets à la source, par exemple par le bais d’une clause qui peut-être imposée lors de l’appel d’offres.