Entretien des locaux en EHPAD31/08/2015

Les professionnels le savent bien, assurer l’entretien dans un Ehpad ne se résume pas à passer la serpillière sur les sols. De la précision du geste à effectuer à l’organisation du service, la politique d’hygiène d’un Ehpad se doit de respecter des protocoles précis. Car, par-delà l’objectif de propreté, elle participe à la lutte contre les contaminations.

« Dans les Ehpad, des obligations doivent être respectées afin d’éviter les contaminations croisées, rappelle Richard Hirardin, gérant d’Abexprop, expert consultant en hygiène et propreté, par ailleurs formateur au sein de la Fédération des entreprises de propreté. Le travail de nettoyage requiert des connaissances particulières. Il faut être vigilant. » Or, l’expert constate, lors de ses déplacements dans les Ehpad, que l’entretien des établissements est fréquemment confié à du personnel qui a certes « une volonté de très bien faire » mais qui « manque de connaissance du métier ». « Les agents font bien souvent le nettoyage comme ils le font chez eux », déplore-t-il. Cela génère des manquements à certaines obligations : laver du plus propre au plus sale, du haut vers le bas, du plus loin au plus près, du moins contaminé au plus contaminé et ne jamais revenir en arrière.

Former les agents :

Ces connaissances n’étant pas innées, le personnel doit donc être formé. « J’interviens dans les Ehpad pour dispenser des formations aux agents d’entretien sur les fondamentaux du métier, sur le temps d’action et le mode opératoire », précise Richard Hirardin. Les agents en charge de l’hygiène doivent avoir une bonne perception du contexte, c’est-à-dire des domaines de la santé, de l’hygiène, des infections, des contaminations, des bactéries, des virus, des champignons mais aussi des produits, des désinfectants et du matériel. Ils doivent également avoir des connaissances concernant les différents services, s’avoir s’adapter aux zones de criticité et aux zones sensibles avec les résidents porteurs de pathologies.

« La tenue vestimentaire aussi est importante, précise Corinne Caucig, cadre de santé au sein de l’Ehpad Orpea Les Tamaris à Guilherand-Granges (Ardèche). Le tablier à usage unique est recommandé afin d’éviter la transmission de micro-organismes entre les pièces tout comme le port des gants qui doivent être changés entre chaque pièce et qui n’empêche pas le lavage des mains. Ces précautions standard doivent être transmises aux auxiliaires de vie qui assurent l’entretien. » « L’hygiène est un vrai métier mais il n’est pas encore reconnu et considéré comme tel », regrette quant à lui Richard Hirardin. Là encore, le rôle du directeur d’Ehpad est primordial : « Certains directeurs sont sensibilisés à cette notion d’hygiène et vont offrir au personnel des formations régulières. Mais pour d’autres, ce n’est pas une priorité ».

Responsabiliser les équipes :

Le manque de qualification du personnel ou de personnel dédié à l’entretien peut avoir des conséquences néfastes pour l’établissement. C’est ce qu’a constaté Nicolas Martinet, directeur depuis dix-neuf ans de l’Ehpad Saint Antoine à Desvres (Pas-de-Calais). À l’origine, tout le personnel de l’établissement participait à l’entretien. « Mais les résultats n’étaient pas exceptionnels en termes de qualité, reconnaît-il. Je passais mon temps à constater que les chambres n’étaient pas nettoyées ou pas propres. Comme tout le monde faisait tout, l’hygiène n’était pas forcément la priorité du personnel qui s’occupait avant tout des résidents. » Il a alors décidé, il y a environ huit ans, de créer une équipe dédiée au ménage en redéployant le personnel sur la base du volontariat. L’équipe, composée de cinq personnes avec à sa tête un responsable, a bénéficié d’une formation immédiate sur site par un organisme spécialisé et d’un suivi très proche avant de gagner en autonomie. « Désormais, je sais que le ménage est assuré, se félicite Nicolas Martinet. C’est l’avantage de la spécialisation et de la responsabilisation. »

Mettre en place des protocoles :

Outre la formation du personnel, la définition de protocoles d’hygiène est indispensable. « Ils ne doivent pas nécessairement être très poussés mais ils doivent être respectés d’autant que certains résidents ont des systèmes immunitaires défaillants qui nécessitent une hygiène irréprochable », estime Richard Hirardin. L’équipe en charge de l’hygiène au sein de l’Ehpad Saint-Antoine a d’ailleurs travaillé à la mise en place de protocoles en interne. « Aujourd’hui, le suivi est plus facile, se félicite Nicolas Martinet. Comme c’est l’équipe qui a mis en place les règles, elle les respecte. »
Patrick Maillard, directeur de l’Ehpad La Souvenance au Mans (Sarthe), a lui aussi décidé d’avoir une équipe interne dédiée à l’hygiène. Les protocoles de l’établissement sont définis par la gouvernante en collaboration avec les fournisseurs des produits d’entretien. « Notre politique en matière d’hygiène a été peaufinée depuis une dizaine d’années avec l’arrivée des grands groupes vendeurs de produits d’hygiène, explique Patrick Maillard. Ils ont apporté des modifications et des évolutions en matière d’utilisation des produits. » Richard Hirardin met toutefois en garde contre cette démarche car « certains fournisseurs cherchent à vendre leurs produits avant tout et ce n’est pas nécessairement le résultat qui leur importe ». Enfin, il est essentiel que le directeur effectue un contrôle régulier mensuel, soit en interne, soit réalisé par un organisme extérieur, pour s’assurer que les protocoles sont respectés.

Évaluer les risques infectieux

L’hygiène au sein d’un établissement médico-social comme un Ehpad recouvre un vaste champ. Outre l’entretien de l’établissement, la lutte contre les infections nosocomiales suppose également de travailler sur les différents circuits (par exemple, celui du linge), l’usage des gants, le lavage des mains, la prescription des antibiotiques etc.
Le Programme national de prévention des infections dans le secteur médico-social 2011/2013 vise à favoriser la prise en compte du risque infectieux par une démarche d’analyse des risques qui permette à chaque établissement d’évaluer le risque infectieux au regard de la situation épidémiologique et d’apprécier son niveau de maîtrise afin d’élaborer ou d’adapter son programme d’action. L’objectif est d’aboutir à une meilleure sécurité des résidents tout en tenant compte de la spécificité des établissements et des moyens disponibles. La démarche préconisée comporte trois étapes : évaluation du risque, gestion du risque et communication sur le risque afin d’aboutir à l’élaboration du Document d’analyse du risque infectieux (Dari).